Assistance électorale : comprendre le partenariat entre ELECAM et les Nations Unies

Le 9 mai 2025, une convention de partenariat entre Elections Cameroon (ELECAM) et le Système des Nations Unies a été signée à Yaoundé dans un climat de prudente attention. À première vue technique et administrative, cette convention marque pourtant un tournant majeur dans la manière dont les élections au Cameroun seront préparées et accompagnées jusqu’en 2027. Ce partenariat d’assistance technique au cycle électoral 2025–2027, désormais objet de vifs débats dans les médias et sur les réseaux sociaux, mérite d’être éclairé à la lumière des faits, du droit et du contexte historique.

Un accord sollicité, préparé, puis signé dans la transparence institutionnelle

Contrairement à certaines interprétations, ce partenariat n’a rien d’improvisé ou d’imposé. Il est le fruit d’un processus long et structuré. En mai 2024, ELECAM, dans le cadre de ses prérogatives légales de préparation des échéances électorales, a formellement sollicité l’appui technique des Nations Unies. L’objectif était clair : renforcer la transparence, améliorer l’inclusivité et consolider la confiance des citoyens dans l’intégrité des processus électoraux.

Cette demande a donné lieu à une mission d’évaluation dépêchée au Cameroun par le Secrétaire général des Nations Unies du 1er au 12 juillet 2024. Durant cette mission, toutes les parties prenantes, institutions publiques, partis politiques, administration, société civile, observateurs électoraux, médias ont été consultées. C’est sur la base de ce diagnostic approfondi que les axes du projet d’assistance technique ont été définis.

Ce que dit la loi : les partis politiques sont bel et bien dans le processus

Le Code électoral camerounais, en ses articles 52 à 68, prévoit l’inclusion des partis politiques dans toutes les phases du processus. Les commissions électorales mixtes, au niveau local comme national, sont composées de représentants de chaque candidat ou liste de candidats, aux côtés de membres de l’administration et d’ELECAM. De même, l’article 11 (alinéa 2) impose au Conseil électoral d’organiser des concertations avec l’administration, la justice, les partis politiques et la société civile pour assurer une gestion concertée et apaisée des scrutins.

C’est dans ce cadre que s’est tenue, en novembre 2024 à l’hôtel Mont Fébé de Yaoundé, la dernière plateforme nationale de concertation permanente entre ELECAM et les autres acteurs du processus électoral. Invitations formelles ont été lancées, accès a été ouvert. Mais l’adhésion demeure libre. L’exclusion, ici, relève davantage de choix libre de chaque partie prenante et non de d’obstruction.

L’ONU, un acteur historique du soutien démocratique en Afrique

Depuis les années 1990, le système des Nations Unies joue un rôle central dans le soutien aux processus électoraux à travers le monde, en particulier en Afrique. Dans plus de 100 pays, dont plus de 40 en Afrique subsaharienne, l’ONU a apporté un appui technique, logistique ou institutionnel aux structures nationales en charge des élections. Du Libéria à la RDC, du Burkina Faso à Madagascar, son expertise électorale est reconnue pour son impartialité, sa méthodologie rigoureuse et son respect scrupuleux de la souveraineté nationale.

L’intervention des Nations Unies ne consiste jamais à organiser les élections à la place des États, mais à accompagner, former, renforcer, et stabiliser. Le Département des affaires politiques et de consolidation de la paix (DPO) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), chefs de file de ces appuis, agissent à la demande explicite des gouvernements. Le Cameroun, État membre actif des Nations Unies, n’échappe pas à cette règle.

Un partenariat ancien, dans le respect de la souveraineté de notre pays

Ce n’est pas la première fois que le Cameroun collabore avec les Nations Unies sur les questions électorales. En 2011 et 2018, le PNUD avait déjà appuyé des programmes de formation et d’éducation civique. L’ONU est également partenaire de longue date dans des domaines aussi sensibles que la gouvernance locale, les droits de l’homme, la justice, ou encore la consolidation de la paix dans les régions en crise.

Ce nouveau partenariat ne modifie en rien le cadre légal en vigueur ni les prérogatives d’ELECAM. Il vise uniquement à renforcer les dispositifs existants : meilleure formation des agents électoraux, appui logistique ciblé, inclusion des groupes sous-représentés (femmes, jeunes, personnes vivant avec un handicap), et amélioration de la communication institutionnelle. L’ONU Femmes, l’UNESCO, le HCDH, l’OIM, le FNUAP… sont autant d’agences impliquées dans ce projet multidimensionnel.

Notre responsabilité à tous c’est de répondre aux exigences éthiques et au devoir patriotique

À ce stade du processus électoral, chacun, institution, administration, partis politiques, société civile, médias, citoyens doit s’interroger sur le rôle qu’il entend jouer au service de la paix, de la démocratie et de la stabilité du pays.

L’histoire contemporaine du Cameroun, comme celle de nombreux pays de la sous-région, a montré que les périodes électorales sont des moments à haut risque. À la tension politique s’ajoute la vulnérabilité informationnelle. Dans un monde saturé de rumeurs, de fausses nouvelles, et de discours de défiance, il suffit d’une mauvaise interprétation ou d’un propos malveillant pour semer le doute, fracturer la cohésion sociale et compromettre la paix.

La démocratie repose sur un pacte de responsabilité collective. Aucun organe, aussi puissant soit-il, ne peut seul garantir des élections crédibles. C’est la somme des engagements individuels et collectifs à respecter les lois, à écouter avant de condamner, à dialoguer plutôt qu’à dénoncer qui permet aux institutions de fonctionner et aux résultats de refléter la volonté populaire.

Il est impératif que les leaders politiques prennent conscience de leur rôle pédagogique, que les médias renforcent leur rigueur déontologique, que la société civile s’implique sans se substituer, et que les électeurs soient informés, non manipulés. L’éducation civique, la patience démocratique, et la culture du débat sont les piliers de toute République moderne.

Une convention technique, un enjeu politique, une opportunité collective

Le partenariat entre ELECAM et les Nations Unies n’est pas une manœuvre. Il s’agit d’un levier pour renforcer un processus électoral qui, plus que jamais, mérite la confiance du peuple camerounais. Les élections de 2025, et les années qui suivent, seront décisives pour l’avenir de notre démocratie. Il appartient à tous, de se hisser à la hauteur de l’histoire.

L’assistance électorale n’est pas un signe de faiblesse : c’est un signal de maturité institutionnelle et de volonté de progrès. Le Cameroun via ELECAM, envoie ainsi un message fort et clair à la communauté internationale : il choisit de renforcer la démocratie non par la défiance, mais par la coopération, l’inclusion de tous et de toutes et la transparence.

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